L’effondrement du monde n’aura probablement pas lieu
Antoine Buéno
Si l’on considère l’effondrement comme inéluctable, il ne reste plus que deux attitudes possibles : le nihilisme ou la préparation. C’est à partir de cette alternative qu’Antoine Buéno déploie sa réflexion dans L’effondrement du monde n’aura probablement pas lieu. Ce qui ne serait pas très constructif.
D’un point de vue économique, la fin de la croissance signifierait l’effondrement de notre civilisation. Le phénomène serait global et bref. Notre monde n’est pas durable, en raison de sa complexité et de son poids écologique. L’effondrement vient de l’épuisement des ressources énergétiques. Jamais nous n’avons réussi à produire davantage de biens et de services en consommant globalement moins d’énergie.
Même les solutions avancées comportent leurs propres contradictions. La transition énergétique risque d’augmenter notre consommation d’eau. Remplacer les énergies fossiles par des énergies bas carbone exigera en effet d’importantes ressources hydriques. Le véritable piège de l’anthropocène ne réside pas dans un problème isolé (pic pétrolier, réchauffement climatique, dégradation des terres ) car chacun peut être traité séparément. Le piège, c’est leur conjonction. Ils s’alimentent mutuellement et enclenchent un cercle vicieux.
À ce stade, la crise apparaît comme la seule « technologie » dont nous disposions pour faire baisser les émissions. Paradoxalement, dans sa phase d’amorçage, la transition énergétique tend à retarder la décarbonation plutôt qu’à l’accélérer. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de véritable transition énergétique, mais plutôt un empilement d’énergies.
Antoine Buéno distingue plusieurs types d’effondrement, avec des scénarios prospectifs :
1) l’arrêt cardiaque, c’est-à-dire un arrêt immédiat,
2) la panne sèche liée à la raréfaction des ressources,
3) la cocotte-minute, soit l’anéantissement d’une partie de l’humanité sous l’effet du réchauffement climatique.
Parmi ces menaces, seule cette dernière met de manière certaine en péril la civilisation thermo-industrielle. Les autres menaces sont plus spéculatives, mais pas inexistantes.
Pour le moment, on n’a rien inventé de mieux que la croissance pour augmenter le niveau de vie. La décroissance ne constitue donc pas une alternative crédible, car personne n’en veut. D’ailleurs, elle n’est même pas une théorie économique.
La transition apparaît comme possible, mais elle est aussi insuffisante et hypothétique. On ne saurait compter uniquement sur la sobriété individuelle. À moins de se marginaliser, il est difficile de vivre durablement. La sobriété suppose donc des interdictions législatives et réglementaires. Et il ne peut y avoir de croissance durable sans technologies.
Certaines pistes autrefois considérées comme du délire de science-fiction, à l’instar de la géo-ingénierie (techniques permettant de modifier l’environnement d’une planète, en particulier son climat), font désormais l’objet d’études sérieuses. Le space mining ne relève plus lui non plus entièrement de la SF.
Les décennies à venir s’annoncent difficiles. Il y aura moins d’énergie, moins de matière, moins d’eau, et donc moins de croissance. Il faudra pourtant tenir avec cela, c’est-à-dire transitionner comme nous le pourrons en attendant l’arrivée de la « cavalerie » : fusion nucléaire, captation du carbone, exploitation spatiale des ressources. Le jour où ces technologies seront opérationnelles, les limites physiques à la prospérité et au progrès pourraient disparaître.
Antoine Buéno – L’effondrement du monde n’aura probablement pas lieu
Flammarion 2022