Permaentreprise : et si le modèle économique était le vrai chantier ?

Comment transformer son modèle économique sans perdre de vue la pérennité de son entreprise ? Lors des « Rencontres de l’éco-transition », organisées par le CD2E à Loos-en-Gohelle, Mathieu Ramery, le président de Ramery, Élise Pierrot, la copilote de l’équipe Hauts-de-France de la CEC, et Louis-Philippe Blervacque, le président d’Audicée, ont confronté leurs expériences. Au cœur des échanges : la création de valeur, la mobilisation des collaborateurs et la coopération.

La transition impose aux entreprises de questionner leur modèle. Au-delà de la gestion des ressources, comment créer de la valeur ? Matthieu Ramery explique que son entreprise s’est développée dans les métiers de l’économie circulaire, mais que le chemin est encore long pour consolider et étendre ce savoir-faire. Cette transformation soulève de nombreuses questions. « Comment peut-on entraîner 3 000 collaborateurs ? Comment on se met en chemin pour transformer notre business ? Comment mettre en place des actions concrètes pour pivoter ? Pour réduire les impacts négatifs et créer des activités à impact positif ? »

Élise Pierrot explique que nos modèles d’affaires actuels ne fonctionnent pas, parce que leurs dynamiques de performance reposent sur le volume. Certes, ces modèles peuvent être améliorés, mais les effets de rebond risquent de réduire, voire d’annuler, les gains obtenus.

Ces modèles sont également fragiles, car ils dépendent de ressources sur lesquelles nous n’avons pas la main. « On quitte un modèle stable avec des ressources illimitées pour un monde instable, avec des ressources limitées. » Selon elle, la transformation exige d’abord une volonté. « Avant tout, il faut en avoir envie. Il faut ça dans les tripes. »

Associer les collaborateurs

Louis-Philippe Blervacque plaide pour la création de groupes de travail permettant aux collaborateurs d’une entreprise de participer aux décisions, mais aussi pour une meilleure mesure des impacts. La permaentreprise apporte une méthode, avec l’ambition de régénérer les ressources humaines et naturelles. « C’est un sujet sérieux, mais il faut le faire avec enthousiasme. »

Le dirigeant d’Audicée évoque sa participation à la CEC, « qui l’a remué ». Matthieu Ramery a aussi suivi le parcours, ce qui a bouleversé son approche du métier. Il en retient trois piliers.

Le premier est l’approche systémique. Il faut mêler le social et l’environnemental et ne plus considérer séparément les différentes dimensions de l’activité. Dans le bâtiment, l’usage et la performance énergétique deviennent les objectifs majeurs.

Le deuxième pilier est le vivant. « Le vivant est en train de s’effondrer et je n’avais pas compris que l’entreprise a aussi un rôle à jouer. Comment apprendre à intervenir sans tout détruire et apprendre à cohabiter avec le vivant ? »

Le troisième est la coopération. La transformation ne pourra pas être menée seule. Elle nécessite des liens plus forts entre les entreprises, le secteur public et les citoyens.

Maintenir un cap dans l’incertitude

Dans un contexte incertain, le chef d’entreprise doit donner confiance à ses collaborateurs et maintenir un cap sur le temps long. Pour Matthieu Ramery, la rentabilité du modèle existant de Ramery lui permet d’engager sa transformation. Pour Louis-Philippe Blervacque, ce cap repose sur la raison d’être, mais aussi sur la capacité à dégager de la marge. « La marge, c’est un moyen, pas un objectif d’entreprise, pour assurer sa pérennité. »

Si on veut changer de modèle, par quoi commence-t-on ? Louis-Philippe Blervacque met en avant la nécessité de travailler sur la raison d’être avec ses collaborateurs. Élise Pierrot estime qu’il faut nourrir l’envie en commençant par comprendre les enjeux. Comment ? En s’instruisant grâce à des cours en ligne ou des podcasts. Il faut ensuite transmettre cette envie aux collaborateurs. « Il faut arrêter de croire que le Napoléon de l’économie régénérative va venir nous sauver. Sauvons-nous nous-mêmes. »

Que faire demain ? Pour Matthieu Ramery, le plus difficile reste d’embarquer les collaborateurs. Cela peut passer par des fresques du climat ou des capsules carbone, mais aussi par des réalisations concrètes. Ramery a ainsi créé des pépinières et mis en terre des plants forestiers à Erquinghem. Mais la transformation ne commence pas nécessairement par une rupture brutale. Elle se construit collectivement, à partir du terrain, et même de la terre. « Le sujet de l’environnement est hyper clivant. Il faut vivre les choses et les vivre vraiment. »

Photo : centre de valorisation des déchets de Louvroil, construit par Ramery.

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