Habiter les Hauts-de-France en 2050 : le bâtiment face au dérèglement climatique
À quoi ressembleront les Hauts-de-France en 2050 ? Comment adapter dès maintenant les bâtiments et les territoires aux effets du dérèglement climatique ? Lors des « Rencontres de l’éco-transition », organisées par le CD2E à Loos-en-Gohelle le jeudi 10 septembre, une table ronde a mis en lumière les projections climatiques aux premières réponses apportées sur le terrain.
Pour agir, encore faut-il savoir vers quel avenir nous nous dirigeons. À quoi ressemblera la région en 2050 ?
« Le climat a déjà changé dans les Hauts-de-France », explique Anastasia Ivanovsky, coordinatrice des observatoires énergie, climat et déchets matières au Cerdd. Les chiffres en témoignent. Entre 1961 et 1970, la température moyenne était de 9,6°. Entre 2011 et 2020, elle est passée à 11,4°. Par ailleurs, 16% des émissions de GES sont dues aux bâtiments, principalement au chauffage.
Depuis 2020, nous avons vécu les six années les plus chaudes, marquées notamment par des vagues de chaleur, c’est-à-dire au moins cinq jours consécutifs anormalement chauds. Ces épisodes deviennent plus fréquents, mais aussi plus intenses et plus longs.
À cette hausse des températures s’ajoute une forte perturbation des précipitations. Le cumul moyen de précipitations a bondi de 14% en 2024, avant de reculer de 18% en 2025. « Ces événements extrêmes sont plus fréquents, plus longs et plus intenses. C’est assez flippant. »
Les répercussions sont à la fois environnementales, sanitaires et économiques. Anastasia Ivanovsky évoque pêle-mêle les inondations et la sécheresse, un impact sur la santé des salariés et sur leur productivité, des difficultés d’acheminement des matières premières quand, par exemple, certains canaux se retrouvent à sec. La première vague de chaleur de juin a entraîné une surmortalité de 30%, faisant des Hauts-de-France la cinquième région la plus touchée.
Des projections préoccupantes
Comment va se comporter le climat dans le futur ? Les projections ne sont pas rassurantes. En prenant la période 1850-1900 pour référence, la température a augmenté de 0,6° entre 1976 et 2005. Elle devrait avoir augmenté de 2,7° en 2050 et de 4° en 2100.
Quelques exemples ? Dans un cas extrême, il y aura 75 jours avec des sols secs à Arras en 2050, contre 51 entre 1971 et 2005. Amiens connaîtra en moyenne 6 nuits chaudes par an en 2050, contre une sur la période de référence. Saint-Quentin pourrait connaitre entre 2 à 3 épisodes de vagues de chaleur en moyenne, soit 8 à 14 jours, à comparer avec 1 jour en moyenne par an entre 1971 et 2005. Ces projections sont des extrêmes, tout aussi probables de survenir que les valeurs médianes.
Adapter le parc social
Les conséquences du réchauffement climatique se voient aussi dans le bâtiment. Amandine Lemoullec, chargée de mission patrimoine, résilience et transitions à l’URH, pointe la nécessité d’adapter le parc social au changement climatique pour que les bâtiments et les territoires restent habitables en 2050.
Pour mesurer précisément cette vulnérabilité, une étude régionale consacrée au parc social est en cours. Elle établit des projections pour 2030, 2050 et 2100, autour de trois types d’aléas climatiques : les inondations, le retrait-gonflement des argiles (RGA) et la surchauffe. En 2100, 49 % du parc social serait vulnérable aux inondations et 20 % au retrait-gonflement des argiles.
Une boussole pour définir un cap commun
Face à ces perspectives, l’adaptation ne peut plus être différée. Mais comment agir sans limiter la transition à une simple gestion des risques ? La mairie de Loos-en-Gohelle tente de s’adapter au changement climatique et d’améliorer les conditions de vie de ses habitants, par le biais de son projet de « Boussole ».
La Boussole loosoise est une feuille de route structurée autour de huit axes (santé, alimentation, énergie, nature, économie…), définie en concertation avec les habitants, à partir de questionnaires, d’entretiens ou d’animations.
« Si on ne travaille que sur les risques, on va être anxiogène, souligne Antoine Raynaud, le directeur du cabinet du Maire. On travaille sur un cap, en associant les populations. On cherche à savoir ce qui peut faire rêver. »
L’enjeu consiste donc à construire un horizon désirable, puis à le traduire en actions concrètes. L’objectif est de définir chaque année un thème sur lequel tous les services municipaux travailleront. Pour chacun d’eux, une feuille de route est établie, avec un objectif politique clair et simple, que tout le monde peut comprendre. Cet objectif permet de fixer les priorités et de déterminer les actions structurantes à mener.
Chaque axe sera travaillé en coopération avec l’ensemble des acteurs du territoire (élus, habitants, partenaires), réunis autour de la même table. « La transition ne fonctionnera que si tout le monde travaille ensemble. Il y a une nécessité d’avoir une dimension sociale, car ce sont les plus précaires qui souffrent le plus. »