Bâtiment biosourcé : les collectivités passent à la pratique

Rénover une école, construire une crèche ou améliorer un restaurant scolaire… Comment les collectivités intègrent-elles les matériaux biosourcés dans leurs projets ?  Lors des Rencontres régionales du bâtiment biosourcé, organisées au CD2E de Loos-en-Gohelle le 8 octobre 2026, une table ronde a permis de confronter plusieurs expériences. Avec une question commune : qu’est-ce qui a été déterminant pour les mener à bien ?

À Bellignies, une ancienne ferme devient une école

Danièle Druesnes, la maire de Bellignies, a ouvert les échanges en évoquant le projet de regroupement des deux écoles (une de filles et une de garçons) dans cette commune rurale de 1 100 habitants. Pour cela, la municipalité a choisi de rénover une ferme avesnoise, en friche depuis une quinzaine d’années.

Les 431 m² à réhabiliter ont présenté un certain nombre de difficultés, à commencer par une toiture amiantée à retirer. Les Architectes des bâtiments de France ont limité certaines initiatives. L’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit a ainsi été écartée. Pour apporter de la lumière, un toit en tuiles de verre a été mis en place. Une solution qui a entraîné quelques échanges tendus avec les services chargés du patrimoine, peu familiers de ce matériau…

La commune a bénéficié d’une assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) pour préciser ses besoins, recruter le maître d’œuvre et examiner les solutions possibles. Les habitants ont été fortement impliqués. Les architectes ont même travaillé en résidence sur place.

La nouvelle école a notamment eu recours à une technique d’isolation utilisant de la terre issue du territoire. Une couche de vingt centimètres a été appliquée sur la brique, nécessitant au moins huit semaines de séchage. La cour est, quant à elle, conçue avec des matériaux permettant l’infiltration de la pluie.

L’économie d’énergie visée atteint 40 %, une estimation établie par rapport au fonctionnement des deux anciennes écoles. Le budget s’est élevé à 2,15 M€, financés à 78% par des subventions. « J’aurais préféré 80 %, mais 78 %, c’est bien », sourit Danièle Druesnes.

À Moreuil, une crèche en bois et paille

Hubert Capelle, le maire de Beaucourt-en-Santerre, a, lui, présenté la construction d’une crèche à Moreuil. Après un premier projet de rénovation abandonné, la décision a été prise, en juin 2020, de construire un nouvel équipement avec des matériaux biosourcés. « Dès lors, il a fallu répondre à des questions simples : quels sont ces matériaux ? Combien coûtent-ils ? »

Le choix s’est porté sur une construction en bois de paille. Hubert Capelle s’est rendu au CD2E pour étudier la faisabilité technique, puis a cherché à convaincre le président de la communauté de communes. La visite d’une crèche à Harnes a permis de découvrir une réalisation concrète. Il ne restait plus qu’à trouver un maître d’œuvre maîtrisant la technique du bois de paille…

Côté matériaux biosourcés, le projet final comprend une construction bois, de la paille insufflée, de la laine de bois, des menuiseries à triple vitrage. Un soin a été apporté à l’étanchéité à l’air. La consommation énergétique s’avère faible. Une production photovoltaïque complète l’équipement.

Les études ont été lancées en juillet 2022, les travaux ont débuté en juin 2024. La crèche a été inaugurée en janvier 2026. Le budget a atteint 3,3 M€. Le reste à charge annoncé est d’environ 700 k€, soit près de 20% du financement, alors qu’il avait initialement été évalué à un million d’euros.

À Loos-en-Gohelle, rénover progressivement

Lucas Nyszak, le directeur général des services de Loos-en-Gohelle, a ensuite abordé une autre démarche : améliorer les écoles existantes, étape par étape, avec des moyens limités. « On n’a pas construit un mètre carré. On a tout misé sur la rénovation. »

En 2018, trois écoles ont bénéficié de travaux grâce au dispositif CEE-TEPCV, qui a permis de financer intégralement une enveloppe d’un million d’euros (un dispositif abandonné depuis). Le calendrier était serré. La collectivité a été retenue en avril, à condition d’achever les travaux avant la fin de l’année.

Du métisse, un isolant thermique et acoustique fabriqué à partir de coton recyclé, a été installé dans les combles. Les interventions ont également porté sur les menuiseries, la ventilation mécanique et l’isolation du pourtour des fenêtres. Les travaux ont été pensés pour permettre la poursuite de la rénovation ultérieurement.

Cette démarche produit des résultats. Les économies d’énergie atteignent jusqu’à 33 % sur six saisons de chauffe, par rapport à 2015-2016. Lucas Nyszak fait également état d’une baisse de consommation de 49 % en 2024 par rapport à l’année de référence.

Dans l’agglomération de Lens-Liévin, anticiper les choix techniques

Romain Drouard, ingénieur énergéticien et chargé d’opération au sein de la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin (CALL), complète ces témoignages en évoquant l’accompagnement de projets dans l’agglomération.

Parmi les exemples présentés figure un restaurant scolaire à Servins, dont la toiture comporte des caissons bois-paille, ainsi que la transformation d’une ancienne ferme en maison d’assistantes maternelles et en médiathèque.

Ces opérations invitent à examiner les dépenses sur la durée. Faut-il investir davantage aujourd’hui pour réduire les coûts dans vingt, trente ou quarante ans ? Elles nécessitent aussi une vigilance technique, notamment sur l’étanchéité à l’air, et une montée en compétence de toute la chaîne de réalisation. « Les chantiers ne sont pas des longs fleuves tranquilles », rappelle Romain Drouard.

Ce qui a permis de mener les projets à bien

Qu’est-ce qui a été le plus important pour faire aboutir ces projets ? Pour Danièle Druesnes (Bellignies), le soutien de l’AMO a été déterminant, afin d’examiner plusieurs scénarios. Le travail de fond avec les architectes a ensuite permis de rechercher les matériaux les plus naturels possible et de placer le confort des usagers au cœur du projet. « Les enfants sont très heureux », souligne l’élue. Elle regrette toutefois les obstacles rencontrés auprès des organismes de contrôle et appelle à mieux les former aux techniques nouvelles.

Hubert Capelle (Beaucourt-en-Santerre) insiste sur l’importance de voir un bâtiment réalisé. La visite de la crèche de Harnes a fourni un modèle, tandis que les rencontres au CD2E et à la Maison de l’ingénieur ont provoqué le déclic. Cet accompagnement a permis de pousser l’ambition du projet tout en maîtrisant le reste à charge.

Pour Lucas Nyszak (Loos-en-Gohelle), les matériaux biosourcés doivent entrer dans la réflexion dès le départ. Ils permettent d’aborder ensemble plusieurs enjeux : chaleur, froid et économies d’énergie. Cette démarche suppose aussi un engagement politique. « S’il n’y a pas d’élus qui prennent des risques, rien n’est possible. » Pour lui, la transformation du patrimoine est aussi un récit. Elle donne du sens au projet et de la fierté aux habitants, au bénéfice des générations actuelles et futures.

Romain Drouard (CALL) rejoint cette nécessité d’anticipation. « Il faut que les choses soient prévues en phase de conception, sinon c’est compliqué de changer ensuite. »

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Le bâtiment biosourcé doit encore changer d’échelle