Qu’aurons-nous construit d’ici 2050 ?
Retour sur la table ronde organisée par le CD2E lors des « Rencontres de l’éco-transition », le 10 septembre 2026.
Jeudi 10 septembre, j’ai assisté aux « Rencontres de l’éco-transition », organisées par le CD2E, à Loos-en-Gohelle. La journée a été riche en réflexions, en échanges et en rencontres. Un même fil rouge a traversé les différentes interventions : la nécessité de se projeter dans l’avenir pour mieux orienter les décisions présentes. Comment imaginons-nous l’avenir ? Quelles décisions devons-nous prendre aujourd’hui pour rendre possible l’avenir ?
La table ronde sur « Qu’aurons-nous construit d’ici 2050 ? » réunissait André Genelle, conseiller régional délégué à l'économie circulaire de la Région Hauts-de-France, Didier Cousin, vice-président Transitions Rev3, Frédéric Motte, président de la mission Rev3, et Simon Karleskind, directeur régional de l’Ademe Hauts-de-France.
Un constat a d’abord été posé : la région est déjà bien avancée sur le plan de la transition écologique. Comme le souligne Frédéric Motte, le président de la mission Rev3, il a d’abord fallu « évangéliser » pour entraîner les différents acteurs. Mais, après le temps des expérimentations et des premières réussites, doit désormais venir celui du changement d’échelle.
C’est ce qu’avait déjà souligné Benoît Loison, le président du CD2E, en préambule de la journée. « L’enjeu aujourd’hui, c’est la massification. Comment reproduire ce qu’on fait déjà bien ? Comment passer d’un bâtiment exemplaire à des milliers ? Comment passer de l’expérimentation à la généralisation ? De l’innovation à l’impact réel ? »
Parmi les grandes réussites de ces dernières années, Didier Cousin, le vice-président Transitions Rev3, évoque l’essor de l’économie circulaire, tandis que Simon Karleskind, le directeur régional de l’Ademe Hauts-de-France, met en avant le développement des réseaux de chaleur qui permettent de chauffer les hôpitaux, les écoles ou les bâtiments publics grâce à un mix énergétique bas carbone.
Attirer les talents et gagner en autonomie
La massification constitue donc le premier défi. Mais elle doit servir une ambition plus large : rendre le territoire à la fois attractif, résilient et autonome. Qu’est-ce qui devra vraiment avoir changé en 2050 ? Quels résultats concrets devons-nous attendre ?
Pour Frédéric Motte, il existe une vraie compétition entre les territoires. L’enjeu est donc de savoir comment attirer les talents, qu’il s’agisse d’étudiants ou d’investisseurs, mais aussi comment les garder. Pour le président de la mission Rev3, cela suppose de leur offrir un environnement attrayant, avec une bonne qualité de vie.
Cette attractivité passe également par une plus grande maîtrise de nos dépendances. Simon Karleskind estime qu’on aura réussi à assurer le confort quotidien lorsque celui-ci ne dépendra plus directement des décisions prises dans d’autres pays. La crise énergétique actuelle montre, par exemple, les conséquences d’une coupure des approvisionnements en pétrole ou d’une augmentation des tarifs. Une dépendance trop forte à la Chine pour les matériaux critiques pourrait, elle aussi, devenir problématique. « Nous devons avoir les moyens de décider tout seuls. »
Cette autonomie doit enfin se traduire dans notre manière de construire. Didier Cousin plaide pour « un basculement culturel, technologique et économique » afin d’emmener l’ensemble des entreprises vers l’objectif de 100% de bâtiments durables. Cela suppose notamment de repenser les chantiers en utilisant des coproduits issus du recyclage.
Pour André Genelle, il reste encore beaucoup à faire pour qu’il y ait une réelle appropriation. « Il faut aller encore plus loin dans le réemploi des matériaux et faire évoluer nos projets en fonction des matériaux qui sont disponibles. »
Massifier dans les cinq prochaines années
L’horizon 2050 est posé. Reste à déterminer les décisions à prendre dès maintenant. Concrètement, que faut-il faire dans les cinq prochaines années ? Pour Frédéric Motte, il faut continuer la politique de massification. Plusieurs leviers peuvent être actionnés : soutenir des structures comme le CD2E, aider les entreprises en fonds propres et en capital, ou encore flécher correctement les subventions européennes.
Pour embarquer les PME, il est nécessaire de travailler sur la formation au plus près du terrain, selon Didier Cousin. Dans le secteur du bâtiment, cette montée en compétences doit notamment favoriser l’utilisation des matériaux biosourcés sur les chantiers.
La transition n’apparaît donc plus seulement comme un engagement environnemental, mais comme une condition de pérennité économique. « L’entreprise qui n’intègre pas ces enjeux sera décrochée, prédit Frédéric Motte. Elle ne trouvera pas de clients et n’attirera pas les salariés. Les banquiers ne la suivront pas. »
Le message de la table ronde est clair : les Hauts-de-France disposent déjà d’expériences, de compétences et de réussites sur lesquelles s’appuyer. Le défi consiste maintenant à les déployer à grande échelle.